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dimanche 20 septembre 2015

Florence

            En ce milieu de matinée, le temps semblait vouloir donner raison aux prévisions alarmistes de Météofrance. La pluie tombait en continu depuis quatre heure du matin et le ciel, chargé d’épais nuages menaçants,  ne laissait apparaitre aucune lueur d’espoir quant à une amélioration prochaine au-dessus de Paris.

            Les rues étroites de la capitale étaient plongées dans une grisaille monotone, tandis que les grands boulevards, habituellement encore très fréquentés en cette fin de saison estivale, étaient tristement désert, uniquement animés par la circulation automobile et son concerto de klaxons répétitifs des parisiens déjà retombés dans le stress du travail. Les touristes avaient vraisemblablement préféré les endroits couverts, comme les musées, grandes surfaces ou bien cinémas.

            Pourtant, si l’on faisait fi de la pollution sonore et autre de la circulation routière, Paris sous la pluie n’était pas dénuée de tous charmes. Les ruelles ruisselantes avaient souvent fait, et faisaient encore, la joie de certains photographes qui, dans une série de flaques d’eau, sur une façade détrempée, ou bien encore dans une forêt de parapluies, trouvaient une beauté surprenante à immortaliser, parfois fascinante, une sorte de romantisme mélancolique et subtil. Mais tout le monde n’avait pas l’âme d’un photographe, ni même d’un poète, surtout pas le vacancier à la recherche perpétuelle du soleil, ni même l’homme qui remontait la rue Alfred de Vigny en direction de la place du général Brocard.

            Les mains enfouies dans les profondes poches d’un trench, il marchait d’un pas très rapide, légèrement courbé vers l’avant pour donner moins de prise aux gouttelettes qui, poussées par un vent contraire, s’abattaient désagréablement sur lui. Un couvre-chef, à larges bords, faisait office de petit parapluie, abritant un visage aux traits fins parsemés de quelques rides.

            Sans aller jusqu’à dire qu’il était maigre, l’homme était d’une corpulence très élancée, un physique svelte qui laissait à penser qu’il entretenait une bonne hygiène de vie. La qualité visible de son trench, qui lui tombait au-dessus des genoux, tout comme celle de son pantalon et de ses chaussures, indiquait qu’il portait un intérêt certain à son aspect vestimentaire et qu’il n’était certainement pas un touriste arpentant les rues de la capitale, sous une pluie battante, pour le simple plaisir, mais que nous avions plutôt à faire à un homme d’affaire se rendant à un rendez-vous de travail.

            Florence était entrée à I.S Engineering voilà plus de dix ans, alors que la société n’était alors qu’une petite start-up noyée au milieu de centaines d’autres, avec un avenir incertain, et dont le siège social, tout comme les locaux commerciaux, se situaient dans un petit appartement de 50 m2, celui-là même de son fondateur, où la cuisine avait été détournée en bureau d’étude, tandis que le salon servait de lieu d’accueil pour les investisseurs et clients.

            La clientèle ne s’était pas immédiatement bousculée aux portillons et Florence avait souvent dû se contenter d’un salaire de misère, quelque peu complété par une aide de l’Etat ; nombreuses furent les fois où elle s’était vu devoir aller pointer à Pôle Emploi, face aux grosses difficultés financières que rencontraient son patron et ami, Franck Courtois. Mais la croyance de ce dernier dans la viabilité de sa société, ainsi que sa persévérance, avaient fini par porter ses fruits et, après presque deux ans d’une existence chaotique, la petite start-up avait décroché un gros client, le client.

            Aujourd’hui, I.S Engineering employait douze personnes à plein temps, sous les ordres de Florence qui, depuis fort longtemps, ne percevait plus d’aide financière de l’Etat ; c’était plutôt elle qui aidait la France sous le biais de divers impôts.

            En dix ans, à mesure de son expansion, I.S Engineering avait déménagée par trois fois, le dernier déménagement ne remontant qu’à trois semaines. Le temps du studio étriqué n’était plus qu’un lointain souvenir et c’était à présent dans un open space de 90 m2, au dernier étage d’un immeuble en comportant quatre, dans le 8e arrondissement, qu’officiait Florence. Depuis son fauteuil en cuir souple, elle profitait d’une vue imprenable sur la rive droite de la Seine, grâce à une impressionnante baie vitrée qui occupait tout le pan de mur donnant sur l’extérieur.

Terminés aussi les PC archaïques qui plantaient sans cesse : de magnifique Apple, dernière génération, trônaient fièrement sur les bureaux en composite, aux côtés de tablettes tactiles de la même marque.

Toutefois, quelques points noirs venaient entacher l’idéalisme de ce nouveau paradis du travail. Il y avait tout d’abord l’odeur persistante de peinture fraîche, témoignage olfactif de la remise à neuf du local, mais aussi, et par-dessus tout, la climatisation hors service depuis plus d’une semaine. A par la vue sur la Seine, la baie vitrée n’offrait aucune ouverture sur le dehors mais était redoutable pour en laisser entrer la chaleur, une chaleur devenue rapidement étouffante avec les fortes températures qu’avait connue la région parisienne et que le temps automnal de ce jour ne suffisait pas à faire descendre.

Afin d’éviter que son personnel ne se liquéfie, Franck Courtois avait investi dans du petit matériel de substitution, loin de se douter que ce dépannage allait servir aussi longtemps. De bon vieux ventilateurs, dont les bourdonnements sourds invitaient à la sieste, surtout après la pause déjeuner, offraient un semblant de fraîcheur plus ou moins satisfaisant.

Faute de place sur les plans de travail, la plupart des ventilateurs étaient posés à même le sol. Florence avait glissé le sien sous son bureau de façon à ce que l’air soufflé, par petites vagues successives, se glisse sous sa robe en d’agréables caresses tout le long de ses cuisses. Etait-ce efficace en termes de rafraîchissement ? allez-vous vous demander : Florence semblait pleinement s’en satisfaire.

L’homme au trench atteignit sa destination au moment où la pluie semblait montrer quelques signes d’affaiblissement. Il leva les yeux vers le ciel et un observateur attentif aurait pu se demander ce qui, à cet instant, était le plus menaçant : le regard noir de l’inconnu, où les gros nuages chargés d’eau.

Dès qu’il pénétra dans le hall de l’immeuble, l’homme fut surpris par la chaleur moite qui y régnait, une sensation qu’il trouva  des plus désagréables après avoir passé un si long moment sous la pluie. « Ils ont mis le chauffage ? », s’interrogea-t-il tout en retirant son trench.

Cinq sociétés, pratiquement une par étage, ce partageaient les lieux. Certainement pour un souci d’économie, il n’y avait pas d’hôtesse d’accueil, mais simplement une grande plaque murale, imitant grossièrement le marbre, sur laquelle étaient gravées les raisons sociales avec l’étage correspondant. « Etrange façon d’accueillir pour une entreprise commerciale », pensa-t-il tout haut.

Florence étira ses longues jambes fines sous le bureau en écartant exagérément les jambes. Les courants d’air, provoqués par la soufflerie du ventilateur, montèrent plus haut sur ses cuisses, jusqu’à venir lécher sa petite culotte. Elle poussa un soupir silencieux et observa un moment les légères ondulations de sa robe, comme de petites vagues venant mourir au pied d’une plage, puis ferma les yeux.

La nuit avait été courte pour elle, bien plus qu’elle ne l’avait imaginé en quittant son travail, la veille, pour se rendre à la pendaison de crémaillère de l’une de ses amies. Cette dernière, directrice commerciale à Disney, avait fait venir beaucoup de monde pour inaugurer sa prise de possession de sa villa en Seine et Marne, non loin de Fontainebleau, et, parmi la foule d’invités, Florence avait eu la surprise de retrouver un amant qu’elle n’avait plus revu depuis de nombreux mois. Avec lui, elle avait inauguré une partie sombre du grand jardin d’une manière si intense, que son corps en vibrait encore ce matin.

La porte d’entrée, située à la droite de son bureau, s’ouvrit brusquement et la tira de ses rêveries en sursaut. Elle se redressa vivement et retrouva une contenance très professionnelle avec une rapidité déconcertante.

« Monsieur ? dit-elle dans un large sourire lorsque le nouveau venu se trouva devant elle.
« Philippe Montal. J’ai rendez-vous avec monsieur Courtois. »

Un étrange courant traversa le corps de Florence lorsque Philippe planta ses yeux noirs dans les siens. Il n’était pas nécessairement le plus bel homme qu’elle eut rencontré, mais il se dégageait de lui un charisme à couper le souffle.

« Je n’étais pas au courant que monsieur Courtois attendait quelqu’un, répondit-elle d’une voix un peu rauque.
« Pourtant, mademoiselle, je vous assure qu’il m’attend bien ! »

La façon dont il avait prononcé le « mademoiselle » la fit frissonner et ce fut à cet instant qu’elle s’imagina poursuivre les ébats de sa nuit passée avec cet inconnu.

Même s’il donnait l’impression de n’avoir jamais quitté les yeux de sa vis-à-vis, Philippe avait parfaitement détaillé la jeune femme. Au-delà de sa beauté indéniable, elle présentait un charme saisissant, une volupté naturelle qui, même s’il n’en montrait rien, ne le laissait pas indifférent. Sa robe, qui lui tombait au-dessus des genoux, épousait divinement les courbes de son corps, tout en s’ouvrant sur un superbe décolleté. Sa chevelure, virant sur le châtain clair, était relevée en un chignon simplement maintenu par une pince, découvrant une nuque ravissante et des épaules légèrement dorées par le soleil. Au fond de son regard noisette, luisait une lumière malicieuse des plus attendrissantes.

« Et vous êtes ? demanda-t-il.
« Je m’appelle Florence, Florence Giroird. Je suis l’assistante de monsieur Courtois.
« Eh bien, mademoiselle Giroird, vous serait-il possible de m’annoncer auprès de monsieur Courtois ? »

Malgré son chapeau trempé sur la tête et son trench, suspendu à son bras droit, dans le même état, Philippe conservait une prestance imposante, le tout dans une élégance, qui semblait lui coller comme une seconde peau, assortie à une sorte d’arrogance naturelle.

« Bien sûr, monsieur, répondit-elle d’une voix plus assurée, j’y vais de ce pas. En attendant, si vous le désirez, vous pouvez laisser votre manteau et votre chapeau sur le portant, juste là, ajouta-t-elle en indiquant un porte-manteau près de la baie vitrée. Je reviens immédiatement ! »

Cela faisait plus d’une heure que Franck était enfermé dans son bureau avec Philippe Montal et Florence imaginait que ce dernier devait être un futur client rudement important. En règle générale, c’était à elle qu’incombait la responsabilité de négocier les gros contrats, une tâche dont elle s’acquittait toujours à merveille ; Franck gérait plutôt la partie investissement. Mais, à sa connaissance, I.S Engineering n’était plus à la recherche d’investisseurs ; il ne pouvait donc s’agir que d’un contrat avec un nombre indécent de chiffres.

Ce qui intriguait le plus Florence, c’était qu’il n’y avait aucun rendez-vous de noté dans l’agenda de Franck, que ce soit pour ce fameux Philippe ou pour toute autre personne, comme s’il avait voulu le garder secret jusqu’à la dernière minute. Plus elle y réfléchissait, plus la situation la plongeait dans une certaine perplexité.

Elle leva la tête de son ordinateur et regarda rêveusement le trench et le chapeau qui avaient fini par totalement sécher sur le porte-manteau. Sa perplexité s’effaça subitement pour céder la place à une autre forme de trouble.

Florence était une femme libre et libérée, une de ces personnes qui croquent la vie à pleines dents, sans se soucier du qu’en dira-t-on des moralisateurs de pacotille. Changeant régulièrement d’amants, elle se moquait éperdument qu’on la prenne pour ce qu’elle n’était pas, même si, un temps, cela l’avait fortement agacée. Après tout, pourquoi une femme coureuse de pantalons serait une salope, alors qu’un homme, coureur de jupons, n’étaient ni plus ni moins qu’un Don Juan ? Elle aimait les plaisirs du sexe, au même titre que le sexe, dit fort, pouvait les aimer, en solo, en duo et parfois même en trio, et elle n’était pas plus salope que pouvait l’être un Don Juan.

Toutefois, paradoxe de sa personnalité, elle affichait une certaine réserve au premier abord et succombait rarement à un premier rendez-vous ; aimer le sexe ne signifiait pas pour autant coucher n’importe quand, n’importe comment. Il lui arrivait bien, comme cela arrive à la plupart des hommes et des femmes, de se retourner, dans la rue ou au centre commercial, au passage d’un bel homme et de se dire qu’elle en ferait bien son quatre heures, mais, avec ce Philippe Montal, il semblait se passer quelque chose de bien plus fort en elle. Elle éprouvait le désir de le sentir contre elle, de le toucher, de le caresser, de le faire naître entre ses mains, ses doigts, ses lèvres… Que lui arrivait-il donc ?

Elle secoua vivement la tête pour chasser ses idées lubriques et regarda l’heure affichée dans un coin de l’écran d’ordinateur. Il était presque 13 heures et l’open space, à l’exception de Florence, avait été déserté de tous ses employés partis déjeuner. Ce n’était pas la première fois qu’elle sautait sa pause repas ; elle le faisait assez régulièrement, durant certaines fins de semaines, pour boucler des dossiers sensibles qu’un simple weekend pouvait faire capoter. Celui sur lequel elle planchait actuellement était pratiquement clôturé ; seulement quelques détails à peaufiner. Elle s’étira sur son fauteuil, levant les bras vers le plafond, et bailla à s’en décrocher les mâchoires. Elle avait besoin de faire une pause, de se dégourdir les jambes.  

Contre toute attente, le ciel parisien s’était finalement défait de ses lourds nuages et les rayons du soleil frappaient à présent le verre épais de la baie-vitrée.

« Bon ! s’exclama-t-elle. Dix minutes de pause pour se remettre les idées dans le bon ordre ! »

Si la poignée de main de Philippe Montal était ferme et chaleureuse, celle de Franck Courtois était nettement plus molle et beaucoup moins sympathique au moment de prendre congé de son rendez-vous.

« Le temps de faire établir les papiers par nos avocats, lui dit Philippe, je pense que nous pourrons finaliser la chose d’ici la fin de semaine prochaine. Vous avez pris la meilleure décision, croyez-moi.
« Je ne suis pas certain, répondit Franck d’un ton glacial, que de choisir des requins soit une bonne décision !
« En aviez-vous un autre ?
« Non, et vous le savez ! »

Florence pestait intérieurement devant la porte de l’ascenseur désespérément close. Pour la troisième fois de cette semaine, la machinerie semblait ne pas avoir résistée à la chaleur.

« Décidemment, dit-elle à haute voix pour elle-même, tout a été refait à neuf, mais rien ne fonctionne ! »

Elle enfonça rageusement le bouton d’appel à plusieurs reprises, mais rien ne se produisit, pas même un cliquetis.

« Un problème ? » demanda une voix grave derrière elle.

Florence se retourna en sursaut et son coeur sembla vouloir bondir hors de sa poitrine lorsqu’elle découvrit qui s’adressait à elle. Dans une posture droite et fière, toujours avec cette espèce d’arrogance attirante, Philippe la fixait avec une lueur d’amusement au fond des yeux. Il avait desserré son nœud de cravate, retroussé ses manches de chemise, tenait son trench pendu à un bras et portait son chapeau légèrement de travers, comme une négligence savamment calculée.

« Il a une classe incroyable ! », pensa Florence dont le corps s’éveillait à nouveau à un brutal désir.
« Un problème ? répéta Philippe.
« Oui. Enfin non… C’est un problème sans l’être vraiment ; l’ascenseur est à nouveau hors service.
« A nouveau ? Cela arrive donc si souvent ?
« Tout a été refait, ici. Il faut sans doute un temps de rodage ! répondit Florence en affichant un sourire qui fit encore plus briller ses yeux.
« Je vois… Un peu comme la climatisation ?
« Oui… Votre rendez-vous s’est-il bien passé ?
« Il a été concluant, répondit évasivement Philippe. Mais monsieur Courtois vous en parlera beaucoup mieux que moi. Vous partiez ?
« Comment ? Ah, oui… non… Juste besoin de prendre un peu le frais !
« Je ne peux que vous comprendre. Nous prenons les escaliers ?
« Il me semble que c’est la seule chose qu’il nous reste à faire », soupira Florence en jetant un dernier regard rageur aux portes de l’ascenseur.

Philippe était parfaitement conscient du trouble qu’il jetait sur Florence. Il l’avait même remarqué quelques secondes seulement après avoir pénétré dans l’open space. De son côté, plus il l’observait, plus il était fasciné par ce qui se dégageait de sa personne, quelque chose d’indéfinissable et mystérieusement envoûtant, comme une aura qui émanait de son être et qui pouvait piéger, dans un tourbillon émotionnel, celui qui n’y prenait garde.

Mesurant une tête de plus qu’elle, il profitait d’une vue superbe sur le décolleté et, en observant la poitrine qui se soulevait au rythme d’une respiration courte et rapide, il se dit qu’il se laisserait bien tenter par ce tourbillon.

« C’est par ici, monsieur », lui dit Florence qui semblait avoir suivi le cheminement de ses pensées.

Philippe emboîta le pas de la jeune femme, se délectant de sa démarche chaloupée qui faisait divinement danser ses hanches.

Florence se sentit soudainement nerveuse. Elle ressentait le poids du regard de Philippe sur elle, comme s’il s’agissait d’une longue caresse invisible qui faisait vibrer ses chairs. Sa nervosité s’accentua encore plus lorsqu’elle réalisa que sa culotte était en train de s’humidifier. « Ressaisis-toi, ma belle », pensa-t-elle au moment où un bras entrait dans son champ de vision.

« Je vous en prie, mademoiselle. »

Philippe poussa la porte donnant sur le couloir d’escaliers et s’écarta juste assez pour que Florence puisse passer. Un parfum subtilement épicé le porta au bord du chavirage.

« Cela fait longtemps que vous travaillez pour monsieur Courtois ? »

Pour répondre, Florence stoppa sur la première marche et se retourna un peu trop vite, percutant ainsi le torse de Philippe. Perdant l’équilibre, elle tenta de se retenir à la rambarde, mais Philippe fut plus rapide et l’attrapa par la taille, avant qu’elle ne parte en arrière, laissant son trench mourir entre deux marches.

Bien que le risque de chute fut définitivement écarté, l’étreinte s’éternisa, pour le plus grand plaisir de Florence. Les mains qui la maintenaient, juste au-dessus des fesses, avait une puissance insoupçonnable pour un homme à la carrure si fine.

« Vous alliez me dire ? murmura Philippe.
« Dix ans… Cela fait dix ans que je travaille avec lui… non pas pour lui.
« Dix ans ? Une longévité et une fidélité des plus surprenantes de nos jours. »

Florence leva les yeux et les planta dans ceux de Philippe. Ce qu’elle y lut à cet instant fit bouillonner son corps.

« Il n’y a qu’au travail que ma fidélité est surprenante ! » ne put-elle s’empêcher de répondre.

Sous l’effet de la poitrine collée tout contre lui, opulente et ferme, une intense chaleur fondit sur Philippe, le recouvrant de la racine des cheveux à la pointe des pieds, en réveillant, au passage, son sexe recroquevillé dans son caleçon. Il tenta de se ressaisir, de reprendre le contrôle avant que les choses n’aillent plus loin, car l’endroit n’était pas choisi pour le style de débat qui se dessinait, mais cela était sans compter sur Florence qui avait totalement basculée dans les jardins d’Eros.

« Non ! s’exclama-t-elle lorsque Philippe ouvrit la bouche pour dire quelque chose. Tais-toi ! Prends-moi ! Maintenant ! »

Philippe n’était pas du genre à se fixer des barrières, dès l’instant où sa partenaire du moment n’en mettait pas elle-même. Même si tout allait très vite, trop sans doute, cette fin de rendez-vous improbable correspondait à son personnage et, cédant à ses pulsions, il se jeta sur les lèvres pulpeuses qui se tendaient vers les siennes, se fraya un passage entre les deux rangées de dents et une joute de langues endiablée s’engagea aussitôt. Il restait bien une petite voix, au fond de son esprit, qui lui soufflait que tout ceci était sans doute une mauvaise idée pour la suite, pour ce qui s’apprêtait à arriver à I.S Engineering, mais elle parlait en pure perte : toute raison s’était enfuie face à la puissance du désir charnel.

Dans la tête de Florence, il n’y avait pas la moindre petite voix de sagesse, mais plutôt celle d’une diablotine qui la poussait, si besoin en était, à se lover encore plus contre le corps du mâle. Déjà, elle sentait une bosse généreuse contre son bas-ventre et des dizaines d’explosions de chaleur balayaient tout son être.

« Prends-moi ! répéta-t-elle dans un souffle. Sois un vilain gros chaton !
« C’est bien la première fois que l’on me nomme ainsi.
« J’ai toujours aimé les premières fois ! »

Florence sentit s’embraser ses entrailles lorsque les mains viriles passèrent sous sa robe, glissèrent sur sa peau nue, avant de se faufiler sous sa culotte pour venir pétrir ses fesses sans aucun ménagement. N’y tenant plus, elle se décolla légèrement de Philippe, juste assez pour pouvoir glisser une main sur la proéminence qui déformait le pantalon.

« Et j’aime encore plus ce que je sens », dit-elle en faisant descendre le zip de la fermeture éclair.

Elle plongea la main dans le pantalon. En s’érigeant, la verge, prisonnière d’une cage en tissu devenue trop étroite, s’était mise dans une étrange position, certainement très inconfortable. Ce fut donc pour son bien que Florence la tira vers l’extérieur où elle acheva de s’épanouir, de grandir, de grossir, de durcir entre ses doigts sans qu’elle n’eut besoin de faire quoi que ce soit pour. Elle lâcha le membre et se recula de quelques pas pour apprécier au mieux la vue. A la simple idée que ce sexe, magnifiquement tendu vers elle, allait bientôt l’honorer, sa culotte en devint poisseuse sous les larmes de désir qui s’écoulait de son intimité en feu. Elle résista à l’envie, pourtant très forte, de se laisser tomber à genoux pour embrasser ce gland turgescent qui l’appelait avec tant de tendresse, une résistance poussée par un reste de raison : bientôt, les employés travaillant dans l’immeuble allaient revenir de la pause déjeuner et, si l’ascenseur ne fonctionnait toujours pas, ils emprunteraient les escaliers pour rejoindre les différents étages. Tous deux n’avaient plus que très peu de temps pour assouvir leur envie de sexe. Curieusement, l’idée que Franck Courtois, toujours dans son bureau, puisse décider de sortir et pousser la porte tout près d’eux ne l’effleura même pas.

« Je suis honoré, monsieur, de vous voir en si belle disposition !
« Tu me vouvoies à nouveau ?
« Oui… Nous ne sommes pas encore assez intimes ! »

Pour toute réponse, Philippe saisit brusquement Florence par les épaules et la força à se retourner. Comprenant ce qu’il attendait d’elle, celle-ci s’arc-que-bouta et pris appuie, des deux mains, sur le mur face à elle. Après quoi, elle attendit dans une sagesse qui ne lui ressemblait pas vraiment.

Philippe apprécia un instant la courbe en arc de cercle qui partait du fessier, pour plonger au creux des reins avant de remonter vers les épaules, puis il releva la jupe jusqu’aux hanches. Il esquissa un sourire de satisfaction en remarquant les traces du désir féminin qui maculaient la culotte blanche dentelée de rouge. Il glissa une main entre les cuisses fermes et frémit de plaisir sous la chaleur qui s’en dégageait. Il avait envie d’y plonger son visage pour se délecter de ce jus naturel si divin, mais lui aussi savait qu’il ne fallait pas s’éterniser dans un tel lieu. Il poussa un petit soupir de dépit, écarta le sous-vêtement et porta son sexe à l’entrée de la caverne ruisselante.

Florence se cambra un peu plus lorsque le gland se fraya un chemin entre ses lèvres. La verge s’enfonça lentement en elle, s’enveloppant de toute son humidité accueillante, écartant délicieusement ses chairs. Enfin, elle sentit les cuisses de son amant percuter ses fesses et le sexe s’immobilisa en elle. Mais, en se concentrant sur ses sensations, il lui sembla que la verge n’était pas si immobile que cela, qu’elle avait pris une proportion phénoménale en elle et battait tel un puissant cœur qui faisait trembler toutes ses fibres intérieures.

Philippe posa les mains sur la croupe de sa cavalière et commença à s’activer en elle en se retirant lentement, pour replonger avec une certaine brutalité qui résonnait en un long écho dans le couloir silencieux. Florence tentait, du mieux qu’elle le pouvait, de contenir ses gémissements, les poings crispés contre le mur, mais, peu à peu, le plaisir plongeait son esprit dans une douce torpeur qui lui faisait oublier où elle se trouvait. Bientôt, elle n’eut plus en tête que l’image de ce sexe nervuré qui la pilonnait avec tant d’habilité.

Dans cette position, la verge frottait sur une partie très sensible de sa paroi vaginale, surtout dans la phase pénétration. D’abord, le gland venait y butter, puis suivait la hampe dans toute sa longueur. A mesure des va-et-vient, la sensibilité s’accroissait et de puissantes décharges électriques la faisaient se tordre de plaisir. Son corps ondulait, porté par une marée, sans cesse grossissante, qui asséchait sa gorge.

La sueur perlait à grosses gouttes sur le front de Philippe.. Les effluves de l’orgasme commençaient à bouillonner en lui ; lentement, la sève se formait dans ses testicules, tourbillonnante,  fin prête à une puissante libératrice.

Un écho plus fort vint troubler celui des cris étouffés. Au rez-de-chaussée, une porte avait été ouverte et des voix joyeuses montaient jusqu’aux oreilles du couple.

Le cœur de Florence s’emballa dans sa poitrine. La peur soudaine de se faire surprendre porta son excitation à son summum. Une trombe chaude éclata dans ses reins, la souleva presque du sol, et elle dut se mordre les lèvres pour s’empêcher de crier. Au même moment, Philippe se retira totalement et, dans un long râle rauque, il s’épancha sur les hanches et les fesses de sa maîtresse, tandis que les voix se faisaient dangereusement plus proches. Il eut tout juste le temps de récupérer son trench pour cacher son sexe en érection, avant que trois employés de  I.S Engineering n’apparaissent dans son champs de vision. La seule femme du trio jeta un rapide regard à Philippe, puis s’attarda plus longuement sur Florence qui, bien que troublée par le sperme chaud qu’elle sentait couler le long de ses fesses, parvenait à afficher une certaine contenance.

« Tu as finalement décidé de prendre une pause », lui dit l’employée avec un sourire en coin et un clin d’œil chargé de sous-entendus.

Franck Courtois se recula précipitamment et réussi à regagner l’open space avant que l’un des employés ne tire la porte du couloir. Il était à la fois troublé et enragé par la scène à laquelle il avait assisté, troublé d’avoir été un voyeur passif, enragé de penser que ce Montal avait obtenu en quelques secondes, ce qu’il n’avait jamais réussi à avoir en plus de dix ans..    






vendredi 18 septembre 2015

Saphho

Cela faisait bien longtemps que cette idée occupait mon esprit : avoir une relation sexuelle avec une autre femme. Au départ, je m'étais dit qu’il ne s’agissait que d’un simple fantasme, né je ne sais trop comment, mais, au fil du temps, cela était devenu une véritable obsession, un désir occupant mon esprit continuellement et peuplant régulièrement mes rêves. Pourtant, étant parfaitement épanouie, dans tous les sens du terme, avec l’homme partageant ma vie depuis 10 ans, je savais que je n’étais pas lesbienne et je me souvenais d’un temps, pas si lointain, où je ne comprenais pas que l’on puisse avoir une attirance physique pour une personne du même sexe. Bien sûr, un peu comme beaucoup, j’avais eu des copines lesbiennes ou bisexuelles et j’avais abordé assez souvent ce sujet avec elles, écoutant leurs confidences, imaginant, tant bien que mal, leurs ébats, mais sans jamais éprouver le moindre désir de tenter l’expérience. Puis le temps avait passé. J'avais perdu mes copines de vue, partant chacune sur des chemins différents, et avait rencontré ma moitié, un homme bon et généreux, avec lequel j'étais totalement épanouie... jusqu'à ce que cette envie subite s'empare de moi.

Notre couple étant basé sur la confiance, j’avais fini par lui parler de mon obsession, non sans une certaine crainte de sa réaction. Au final, je fus agréablement surprise, non seulement par sa compréhension, mais aussi par sa volonté de m’accompagner, du mieux qu’il le pourrait, dans la réalisation de mon fantasme. Bien sûr, je sais ce que vous allez penser : tous les hommes rêvent de voir deux femmes faire l’amour entre elles et, sans doute, y-a-t-il une part de vérité en cela. Pourtant, concernant mon homme, cela n’était pas le cas. Il m’expliqua qu’il ferait tout pour m’aider, mais qu’il ne souhaitait pas, en revanche, être présent le jour où j’assouvirai enfin mon désir. Mais, bien que forte de son soutien, je me rendis vite compte qu’il ne serait pas si simple de satisfaire mon rêve. Outre le fait d’assumer complètement mon envie, il me fallait aussi trouver la bonne partenaire et je ne savais pas trop comment m’y prendre, ni où chercher. Je passai du temps, de longues heures, sur différents sites spécialisés sur INTERNET, trouvai facilement des personnes traitant du sujet, certaines me faisant des propositions, mais je ne me voyais pas faire une telle expérience avec une parfaite inconnue. Cependant, je me sentais de plus en plus excitée, de plus en plus prisonnière de mon désir et, alors que je commençais à désespérer, une porte s’ouvrit enfin à moi sans que je m’y attende.

Un vendredi après-midi, alors que je quittais mon travail très tôt, RTT oblige, Aline, une de mes collègues, me proposa d’aller profiter de la douceur printanière à la terrasse d’un café, proposition que j’acceptai bien volontiers et sans aucune arrière-pensée. Elle était très jolie, rigolote et nous nous entendions bien, mais elle était mariée et je n’imaginais pas, une seule seconde, qu’il puisse y avoir quelque chose entre nous. Alors que nous discutions de choses très variées, pas toujours des plus intéressantes, je remarquai qu’elle répondait régulièrement à ce que je supposai être des SMS.

-          Ton mari est toujours aussi amoureux ! dis-je en riant.
-          Oui, sauf que, pour le coup, il ne s’agit pas de lui, mais de mon amant virtuel !
Ce fut au tour d’Aline de rire aux éclats en voyant la mine dubitative que j’affichai.
-          Ne fais pas cette tête ! C’est purement cérébral… mais qu’est-ce c’est bon !
Jusqu’à ce jour, je n’avais jamais abordé, avec elle, de sujet traitant de sexe, de près ou de loin, et, l’effet de surprise passé, je sentis un trouble certain me gagner.
-          Qu’entends-tu exactement par virtuel ? demandai-je presque dans un murmure.
-          Un homme avec qui j’ai des échanges très sulfureux par courriels, texto ou messageries instantanées !
-          Et ton mari est au courant ?
-          Bien sûr que non ! Mon amant est mon jardin secret !
-          Et comment l’as-tu rencontré ?
-          Sur un forum où il y a, entre autres choses, des publications de récits érotiques. C’est en le lisant que j’ai eu une envie irrépressible de faire plus ample connaissance avec lui… Et je ne le regrette vraiment pas !

Aline jeta un coup d’œil à sa montre, sembla réfléchir un court instant, puis me lança :

-          Il est encore très tôt ; nos hommes ont quelques heures de travail devant eux ; veux-tu venir chez moi ? Je te montrerai le site en question.
-          J’avoue que tu as piqué ma curiosité.
-          Alors c’est dit ! Je paye les consommations et on y va ! 

Arrivées chez elle, Aline mit d’abord un café à couler, puis installa une chaise pour moi  devant un bureau en teck et alluma son PC. Elle lança son navigateur, en mode privé, et afficha un site aux couleurs roses ; après s’être loguée, elle alla directement sur la page des récits érotiques.

-          Voici tous ses textes, me dit-elle après quelques clics rapides. Je te laisse en lire quelques-uns, le temps que je me mette à l’aise et nous serve un café.

Je me lançai dans la lecture, d’abord intriguée, curieuse, puis de plus en plus excitée. A présent, je comprenais mieux qu’Aline puisse avoir certaines envies, tant la façon d’écrire de cet inconnu me transporta aisément dans son monde de plaisir. Perdue dans mes lectures, j’en oubliai presque le temps qui passait et le lieu où je me trouvais et sursauta quand ma collègue refit irruption dans le salon.

-          As-tu lu des choses passionnantes ? me demanda-t-elle en posant deux tasses de café sur le bureau.

Aline s’était effectivement mise à son aise : elle avait retiré tous ses vêtements pour revêtir un tee-shirt long, sans doute à son mari, qui la couvrait jusqu’à mi-cuisses. Venant juste de terminer un récit traitant, comme par hasard, de mon fantasme, la vue de ma collègue, ainsi accoutrée, porta à son comble le trouble qui m’habitait.

-          Oui, répondis-je d’une voix un peu trop rauque et en tentant de détacher mon regard de ses jambes délicieusement hâlée.
-          Et qu’en penses-tu ? me demanda-t-elle en s’asseyant près de moi.
-          Sa façon d’écrire est particulièrement envoûtante. C’est un romancier ?
-          Il tente de le devenir ; il a écrit un premier roman et cherche un éditeur.
-          Au vu du peu que j’ai lu, j’imagine, sans peine, qu’il devrait en trouver un rapidement.
-          Je te sens troublée ? me dit-elle en m’observant attentivement. Qu’étais-tu en train de lire ?

Elle se pencha sur l’écran et, son tee-shirt étant très ample en plus d’être long, je pus voir que sa poitrine n’était pas prisonnière d’un soutien-gorge. Entre mes cuisses, je sentais parfaitement s’installer une forte humidité ; ma gorge se noua brutalement et mon désir monta en flèche. Pour la première fois, je sortais de mon fantasme, pour désirer ardemment une personne physique, ma collègue de travail. Mon esprit s’emballa et, presque comme dans un rêve, je posai une main sur son genou. Son regard se planta aussitôt dans le mien ; elle n’avait pas sursauté, n’avait pas esquissé le plus petit mouvement de recul, se contentant simplement de me regarder, les yeux brillants.

Interprétant ses signes comme étant une forme d’approbation, je fis remonter ma main vers l’intérieur de sa cuisse, me surprenant d’être capable d’une telle hardiesse. Je n’osais dire un mot, de peur de rompre cet instant magique et, avec une certaine lenteur, j’approchai mon visage du sien. Mon cœur se mit à battre si fort, que j’eus l’impression que l’on pouvait l’entendre résonner dans toute la pièce ; il me sembla éclater en un splendide feu d’artifice, lorsque mes lèvres goûtèrent aux siennes. A peine nos langues se rencontrèrent-elles, que je me sentis partir dans un monde de délices enivrants ; c’était le premier baiser que j’échangeais avec une femme et, tout aussi surprenant cela puisse être, je le trouvai plus doux, plus suave, plus sensuel que tous ceux que j’avais connu avec des hommes.

Aline se leva brusquement et j’eus peur, un bref instant, qu’elle ne se ressaisisse, qu’elle ne me repousse, qu’elle me dise qu’elle avait succombé à un moment d’égarement, qu’elle ne mangeait pas de ce pain-là. Au lieu de cela, elle enleva son tee-shirt et m’offrit la vue de sa nudité dans toute sa splendeur ; seule son intimité restait voilée par un tanga noir en fine dentelle. Elle s’approcha de moi, posa ses mains autour de ma tête et livra à mes baisers son corps sentant la lavande. Elle frissonna au contact de mes lèvres, soupira sous la douceur de mon souffle ; ses mains me caressaient tendrement les cheveux. Je quittai mon siège pour m’agenouiller devant elle. Je fis courir  ma langue sur ses cuisses, l’une après l’autre, et arrivai au niveau du tanga. C’est alors qu’elle me fit me relever ; son regard était aussi troublé par le désir que devait l’être le mien. Avec des gestes d’une infinie douceur, elle dégrafa mon chemisier, fit sauter la bretelle de mon soutien-gorge et fit se dresser mes tétons de la pointe de sa langue. Lentement, ses lèvres glissèrent plus bas, s’arrêtèrent sur mon nombril. Elle déboutonna ma jupe qui tomba très vite à mes chevilles ; son visage se plaqua contre mon string.

-          Tu sens bon, me dit-elle.

A mon tour, je me mis à genoux ; à nouveau, nos lèvres se scellèrent. Ce baiser fut bien plus fougueux que le premier, encore plus délicieux. Sans vraiment m’en rendre compte, nous nous retrouvâmes complètement allongées sur le sol, moi sur elle, continuant à profiter du jeu de sa langue. Nos corps se trémoussaient ; nos seins s’entrechoquaient en des frôlements qui électrisèrent mes sens. N’y tenant plus, je lui retirai son tanga et plongeai sur sa féminité tout aussi humide que la mienne. Je trouvai le contact très doux et la liqueur divine. Plus ou moins adroitement, ma langue s’infiltra plus loin entre ses grandes lèvres, pénétra son antre et je me sentis transportée au Paradis en entendant ses premiers râles de plaisir. Je m’attaquai alors à son clitoris, gonflé de désir, et me mis à le lécher goulûment  faisant danser le corps d’Aline à un rythme de plus en plus soutenu, de plus en plus endiablé et lui tirant des gémissements plus prononcés.

Alors qu'elle était aux portes de l'orgasme, elle me repoussa, me fit m’allonger sur le dos, retira mon string et ses doigts s’insinuèrent dans mon intimité pour me caresser avec une grande douceur ; très vite, je ressentis comme de petites décharges électriques et se fut à mon tour de gémir, de valser sous la douceur du contact. Je sentis se soulever une grande vague en moi et elle arrêta sa caresse, pour se rallonger sur le dos, en face de moi. Nos jambes s’entremêlèrent, nos vagins se rencontrèrent, nos grands lèvres se joignirent ;  je perdis complètement la tête, le contrôle de mon corps et me laissai aller à ce nouveau plaisir, aux contacts de nos vulves, de nos clitoris. Mes hanches ondulèrent au même tempo que celles d’Aline et très vite, trop vite, je sentis un raz-de-marée se soulever dans le creux de mon ventre. Mes poings se crispèrent, mes muscles se tendirent, ma bouche s’ouvrit en grand : je criai mon orgasme en même temps qu’elle laissait exploser le sien.


lundi 14 septembre 2015

Vacances en Espagne

            Le mois de mars s’avançait lentement, apportant son lot de surprises météorologique au quotidien ; le printemps avait entamé son combat face à l’hiver, le repoussant inexorablement à ses frontières et provoquant des cinétiques dans le ciel d’une beauté époustouflante, surtout si l’on se trouvait, tout comme Eric, dans un paysage montagneux. Les nuages gris se mêlait au bleu azur et offrait une palette de couleur parfois surréaliste, mystérieuse, voire inquiétante par moment ; les hautes cimes, perdant peu à peu leurs couleurs hivernale, se détachaient étrangement à l’horizon, comme si elles voulaient déchirer le ciel encore menaçant.

            Bien que restant concentré au volant de sa voiture, Eric ne pouvait s’empêcher d’être de plus en plus gagné par la beauté du paysage qui se dressait devant lui, à mesure qu’il approchait de Peñafiel, petite ville de la province autonome de Castilla y Léon. La forteresse du Xe siècle se dessinait lentement devant lui, force imposante érigée sur un éperon rocheux.

            Il était en Espagne depuis quelques jours déjà, à la fois pour le tourisme et pour son travail : il était en repérage car il allait situer l’histoire de son prochain roman dans ce pays qu’il connaissait si peu encore et était en quête de lieux à forts caractères, possédant une empreinte ancestrale très forte. Un de ses amis lui avait parlé de Peñafiel, de sa Plaza del Coso et de l’impressionnant château médiéval de 210 mètres de long. Après avoir vu quelques photos sur une brochure, il avait senti qu’il pourrait sans doute y trouver le début d’un fil conducteur pour l’histoire qui commençait à germer dans son esprit.

            Il était tout juste 10 heures lorsqu’Eric arriva dans ce qui fut autrefois le village de Peñafiel, aujourd’hui son centre-ville. Les visites du château ne commençant pas avant 11 heures, il décida de marquer une petite halte afin de prendre quelques photos de la Plaza del Coso, d’où, lui avait-on dit, il y avait une vue superbe sur la forteresse en surplomb.

            Ne trouvant pas de place où se stationner aux abords de la place, il alla se garer sur le parking spécialement aménagé pour accueillir les touristes ; en cette période peu vacancières, il n’eut que l’embarra du choix : toutes les places étaient vides.

            Le fond de l’air était plutôt doux, mais le vent, soufflant par moment en fortes rafales, apportait une fraîcheur bien prononcée qui vivifiait l’organisme. Il leva les yeux vers la hauteur de l’éperon rocheux et resta un instant contemplatif face à la forteresse. De par sa forme, elle donnait l’impression d’un immense paquebot échoué, par on ne sait quel sortilège, sur la hauteur d’un haut plateau. Les murailles se découpaient parfaitement bien sous un ciel se chargeant de nuages allant d’un gris pâle à un noir du plus menaçant.

            Il prit son reflex dans le coffre de sa voiture, effectua quelques réglages et appuya plusieurs fois sur le déclencheur. Puis, vissant correctement sa casquette en coton beige sur sa tête, il quitta le parking pour se rediriger vers centre-ville Il progressa au travers de ruelles plus ou moins étroites, regrettant que le soleil ne se fasse pas plus présent pour jouer avec les façades multicolores des petits bâtiments de trois à quatre étages. Du jaune vif au bleu outre-mer, en passant par différentes teintes de mauve, chaque mur avait sa propre couleur, comme s’ils répondaient à un code bien précis dont la signification restait une véritable mystère, et le tout s’harmonisait parfaitement bien en donnant l’impression d’une quiétude au promeneur.

            Pris sous le charme, Eric effectua de nouveaux réglages sur son reflex, en fonction de la luminosité des lieux, et prit une longue série de clichés, escomptant pouvoir en tirer quelques photos de bonnes factures qu’il pourrait regarder à loisir lorsqu’il entamerait l’écriture de son roman ; cela lui permettrait de mieux se replonger dans l’ambiance du moment, dans les émotions qui le gagnaient à l’instant même.

            Suffisamment grande pour y installer un terrain de football, la Plaza del Coso est un rectangle de terre, de couleur plus ou moins ocre, enclavé par 48 bâtiments de deux et trois étages dont les façades sont un échantillonnage de différentes teintes de marron, avec, par endroit, quelques petites touches d’un jaune pâle. A certaines périodes de l’année, comme le dimanche de Pâques et du 14 au 18 août, la place s’habille de barrières de bois pour y accueillir des spectacles de tauromachie, un vrai pôle d’attraction pour les touristes.

            Eric y déboucha au sortir d’une longue ruelle serpentant entre de petits immeubles. Quelques minutes auparavant, une immense trouée d’un bleu éclatant s’était opéré dans le ciel Castillan et, à présent, un chaud soleil baignait la place en créant de magnifiques ombres sur certaines façades, ou en accentuant les couleurs d’autres.

Le viseur de son appareil photo collé à son œil droit, il se mit à photographier tout ce qu’il voyait en changeant régulièrement d’angle de vue, alternant clichés couleurs et noir et blanc, jusqu’au moment où il trouva enfin la bonne prise de vue.

Posté à un angle de la place, levant les yeux, il aperçut la majestueuse forteresse médiévale se détachant au-dessus des bâtiments. La trouée ne s’était pas encore totalement opérée au-dessus de l’éperon rocheux ; quelques nuages, allant du gris pâle au blanc, semblaient s’être roulés sur eux-mêmes et donnaient une impression de vague immense prête à s’abattre sur le château.

Eric s’accroupit et positionna son appareil au plus près du sol en le basculant en mode visée écran. Il ajusta rapidement son cadrage et prit trois clichés en vue montante, englobant à la fois une grande partie de la place, ainsi que l’éperon rocheux et sa forteresse. Ce fut à ce moment que débarquèrent une dizaine de touristes, accompagnés par un guide espagnol. Désireux de pouvoir en apprendre un peu plus sur la Plaza del Coso, Eric se mêla discrètement au groupe et tendit l’oreille ; même s’il était loin de maîtriser la langue espagnole, sa compréhension en était néanmoins suffisante pour suivre un discours qui ne serait pas trop technique.

Dans le groupe se trouvaient deux jeunes femmes, environ la trentaine, qui se parlaient à voix basses en tenant devant leurs yeux une brochure de Peñafiel. La première, mesurant dans les 1m70, arborait une longue chevelure blonde où les rayons du soleil donnaient de beaux reflets, tandis que la seconde, plus petite d’une dizaine de centimètres, avait des cheveux d’un noir éclatant, coupés en carré légèrement dégradé sur la nuque. Sans vraiment pouvoir s’expliquer pourquoi, Eric se sentit irrésistiblement attiré par cette dernière, au point qu’il finit par ne plus trop écouter les explications du guide, pour se concentrer sur les détails de l’inconnue.

Il admira un instant le mouvement de ses lèvres fines, au rouge subtil, et les formes harmonieuses de son visage. En dessous d’une petite veste en jean entièrement ouverte, elle portait un col roulé qui épousait parfaitement les courbes de son buste en laissant deviner une poitrine ferme et généreuse. Une mini-jupe en jean, mais plus claire que la veste, ceignait une taille gracieuse ; ses jambes étaient gainées dans un nylon légèrement transparent, leurs donnant un teint hâlé, puis disparaissaient, au niveau des genoux, dans des bottes d’un gris clair à talons hauts.

Faisant mine de prendre des photos des bâtiments, Eric cadra la jeune femme après avoir réglé son reflex en mode portrait et prit rapidement deux clichés. L’inconnue tourna brusquement le regard vers lui et il sentit son cœur battre soudainement plus vite : l’avait-elle surpris ? Ses yeux ressemblaient à deux perles noires enchâssées dans des écrins en forme d’œil de biche. Elle se détourna aussi vite qu’elle s’était tournée, replongeant dans sa discussion à voix basses avec son amie.

Poussé par une envie dépassant son entendement, Eric s’approcha des deux femmes jusqu’à sentir les effluves du parfum délicat que portait la brune. Le guide venait de se lancer dans une explication concernant l’une des particularités des appartements entourant la Plaza del Coso : le droit de fenêtre.

-          Tu comprends de quoi il parle ? demanda doucement la blonde.
-          Non, répondit la brune tout aussi doucement. Il parle beaucoup trop vite pour mon espagnol scolaire ! J’ai juste cru comprendre qu’il parlait des fenêtres.

Bien qu’elles s’exprimassent dans un français parfait, Eric comprit rapidement qu’elles n’étaient pas pour autant française au vu de leur accent, une tonalité qu’il reconnut rapidement pour avoir résidé un temps en Suisse.

-          Les anciens propriétaires, pour les appartements revendus, ou les propriétaires actuels qui les mettent en location, bénéficient d’un droit de fenêtre et, ce, de génération en génération, expliqua-t-il en s’approchant encore plus des deux femmes pour leur parler, lui aussi, à voix basse. Ils utilisent ce droit lors des manifestations de tauromachie qui ont lieu sur cette place.

Les deux amies dévisagèrent le nouveau venu avec curiosité et Eric finit par se sentir très gêné par l’impudence dont il venait de faire preuve en s’immisçant dans une conversation à laquelle il n’avait pas été invité.

-          Ne croyez surtout pas que je vous espionnais, mesdames, dit-il sur un ton d’excuse, mais j’ai entendu votre interrogation et…
-          Mais vous n’avez pas à vous justifier, répondit la brune en le gratifiant d’un grand sourire. Au contraire, nous vous remercions pour nous apporter vos lumières !
-          L’idée que des gens puissent encore éprouver du plaisir à des spectacles de mise à mort me glace le sang ! ajouta la blonde.
-          Dans ce cas, je puis vous rassurer : il n’y a plus aucune mise à mort de taureau dans les corridas données ici.
-          A n’en pas douter, vous êtes français, reprit la brune. Vous vous êtes installé dans la région, ou bien êtes-vous parfaitement bilingue ?
-          Ni l’un, ni l’autre. J’ai juste parcouru quelques brochures touristiques !

La brune avait du mal à soutenir le regard de son interlocuteur. Physiquement, il n’était pas à proprement dit un bel homme, mais il se dégageait de lui quelque chose qui ne la laissait pas indifférente. De plus, même s’il parlait à mi-voix, son timbre grave donnait une chaleur qui lui procura quelques frissons agréables.

-          Cette place est magnifique, dit-elle en jetant un regard circulaire.
-          Si je puis me permettre, il n’y a pas que la place qui est belle à cet instant même.
-          Vous parlez du château ?
-          Non, madame, répondit Eric en plantant son regard dans celui de la jeune femme.

Comprenant subitement l’allusion, la brune piqua un petit fard, tandis que son amie, placée dans le dos d’Eric, lui décocha un clin d’œil complice, comprenant bien que l’inconnu lui plaisait.

-          Après l’indiscrétion, voilà que je dois vous paraître un vil dragueur, reprit Eric à nouveau gêné par une hardiesse qu’il n’arrivait pas à s’expliquer.
-          Du tout, répondit la brune dans un large sourire. En revanche, je pense que vous êtes un flatteur !... Je m’appelle Virginie et voici Magalie, ma seule et véritable amie, presqu’une sœur pour moi.
-          Ravi de faire votre connaissance, mesdames, répondit Eric en affichant à son tour un grand sourire. Je m’appelle Eric, ajouta-t-il en effectuant une petite révérence pour accentuer son salut.
-          Un enchantement que de faire votre connaissance, monsieur.
-          Vous passez des vacances dans la région, ou bien naviguez-vous dans tout le pays ? questionna Magalie.
-          Je me contente de parcourir la région de Castilla y Léon : il y a déjà tant de choses à y voir. Je loue un appartement à Valladolid, à 70 km, environ, d’ici.
-          C’est où nous descendons ce soir ! s’exclama Virginie un peu trop fort au goût de quelques touristes qui se retournèrent sur elle en lui lançant des regards réprobateurs.
-          Je crois que nous sommes en train de gêner un peu, chuchotant Magalie en étouffant un petit rire.

Le guide haussa soudainement le ton, non pour rappeler le trio à l’ordre, mais plus pour s’assurer de capter l’attention de tout son groupe. Il expliqua, en prenant soin de bien détacher chaque mot afin d’être compris de tous, que le château allait ouvrir aux visites dans une demi-heure et qu’il était donc temps de rejoindre l’autocar. Il ajouta que, après la visite, tout le monde aurait quartier libre pour visiter Peñafiel et, ce, jusqu’à 17 heures.

Virginie fit la moue à l’idée de déjà quitter l’inconnu qui les avait abordées. Même si elle ne savait rien de lui, elle ne pouvait occulter le fait qu’elle était bizarrement attirée par lui, assez, en tout cas, pour souhaiter passer encore un peu de temps en sa compagnie. Cela faisait bien longtemps qu’elle n’avait éprouvé un tel désir.

-          Vous restez encore un peu ici ? demandant Magalie, devinant que son amie brûlait d’envie de poser cette question, mais qu’elle n’osait le faire.
-          Je ne sais pas encore, mais je vais aussi visiter la forteresse.
-          Dans ce cas, que diriez-vous de nous retrouver là-haut pour faire cette visite ensemble ?
-          Bien sûr, à condition que votre amie soit d’accord.
-          Il n’y a rien qui pourrait me faire plus plaisir ! s’empressa de répondre Virginie. Je suppose que vous êtes en voiture ?
-          Oui. On se retrouve là-haut !

Lorsqu’Eric arriva sur le petit parking au pied du château, trois autocars y étaient déjà stationnés. Il imagina que l’un d’eux, le plus petit des trois, devait être celui qui amenait Virginie et son groupe.

En quittant la Plaza del Coso, il avait remarqué les autocars stationnés en double file à la sortie, tandis qu’il avait dû marcher un peu pour rejoindre sa voiture, ce qui expliquait qu’il arriva plus tardivement. Il espéra, toutefois, que la première visite n’était pas encore partie ou, tout au moins, que les deux amies se trouvaient toujours à l’accueil du château.

La vue sur les vallées est époustouflante ! pensa-t-il en descendant de sa voiture. Il hésita un moment entre prendre quelques photos, ou bien se rendre immédiatement à la billetterie, et son envie de retrouver Virginie fut la plus forte.

Il était surpris par ce désir fulgurant qui s’était emparé de lui, pas une simple pulsion sexuelle, mais une véritable envie de passer du temps avec la jeune femme. Pourtant, à la quarantaine bien sonnante, il pensait avoir passé ce type de coup de cœur d’adolescent. Mais le moment n’était ni aux questionnements, ni aux analyses comportementales. Il prit son appareil photo et monta prestement les quelques marches qui menaient à l’accueil des visiteurs.

Malgré la présence des trois autocars, la billetterie était déserte, preuve que la première visite du château était partie à l’heure. Le visage empreint d’une certaine déception, Eric jeta un regard dans la salle, tout autour de lui, et ne put réprimer un soupir de soulagement en apercevant Magalie. Elle se tenait au pied d’un escalier dont une petite pancarte indiquait qu’ils menaient aux toilettes.

-          Vous voilà enfin ! s’exclama-t-elle tout sourire. Nous commencions à nous demander si nous ne vous avions pas manqué !
-          Ma voiture était garée beaucoup plus loin que votre autocar, répondit Eric sur un ton d’excuse.
-          Le principal est que nous nous soyons retrouvés. Virginie est descendue aux toilettes, en me demandant d’épier votre arrivée ; elle m’aurait étripé si je vous avais loupé ! Maintenant que vous êtes là, je vais pouvoir y aller à mon tour… aux toilettes, je veux dire.
-          J’avais bien compris, s’esclaffa Eric, mais où est le reste de votre groupe ?
-          Déjà en train de visiter. Comme nous avons quartier libre, après, nous avons décidé de nous en séparer provisoirement… ce qui va vous obliger à nous ramener, toutes deux, à Peñafiel à l’issue de la visite !
-          Ce sera plus un plaisir qu’une obligation.
-          Virginie a raison : vous êtes un charmeur ! Allez prendre votre billet : il y a un prochain départ dans dix minutes pour une visite guidée.
-          Très bien. Je vois que ce château comprend aussi un musée du vin ; vous avez pris quoi comme option de visite ?
-          Le vin, nous préférons le boire plutôt que d’en étudier son histoire, tout aussi passionnante soit-elle ! Donc, nous avons juste pris la visite du château.

D’épais nuages noirs s’étaient accumulés au-dessus de l’éperon rocheux, plongeant les lieux dans une pénombre qui contrastait avec la clarté de l’horizon où le ciel conservait un bleu foncé. Les quelques montagnes, débouchant pour la plupart sur des plateaux plus ou moins larges et longs, semblaient entourées par un fin halo blanchâtre, comme si elles disposaient d’une aura magique soudainement visible à l’œil nu. Les roches, affleurant par endroit, se paraient de plusieurs teintes et la végétation, encore très clairsemée, commençait à revêtir un vert éclatant.

La visite démarrait sur une grande plateforme située à l’aile arrière de la forteresse, un endroit où la vue s’ouvrait sur un panorama dantesque. La guide espagnole, de petite taille et d’une quarantaine d’année, laissa quelques minutes aux photographes amateurs, juste le temps de prendre quelques clichés.

-          Vous prenez beaucoup de photos !

Eric abaissa son reflex et plongea son regard dans celui de Virginie dont les yeux noirs semblaient illuminés par des étoiles intérieures.

-          Mais je ne les garderai pas toutes, répondit-il d’une voix chargée d’une certaine émotion. Voilà pourquoi j’en prends autant : pour être sûr d’avoir LA bonne photo !

Virginie sentit à nouveau des frissons remonter le long de son corps. La seule voix d’Eric lui faisait un effet qu’elle n’avait pas connu depuis fort longtemps, éveillant en elle des désirs très charnels.

-          C’est donc votre métier ? demanda-t-elle d’une voix devenue un peu rauque.
-          La photo ? Non, juste une passion.
-          Et que faites-vous donc dans la vie ?
-          J’écris.
-          Vous écrivez ?
-          Oui, des romans.

Sa curiosité piqué à vif, Virginie aurait voulu pouvoir approfondir le sujet, mais la guide appela tout le monde autour d’elle : la véritable visite démarrait, alors que les nuages noirs commençaient à déverser une pluie fine sur la forteresse. Elle expliqua qu’ils allaient passer le plus clair du temps en intérieur et qu’elle ferait court sur les parties extérieures si la météo devenait franchement désagréable. Une rafale de vent, plus violente que les précédentes, salua ses dernières paroles et Virginie, sans réfléchir, sauta sur l’occasion pour se serrer contre Eric en faisant mine de vouloir se mettre à l’abri du vent. Dans un réflexe presque naturel, ce dernier passa un bras autour des épaules de la jeune femme qui appuya aussitôt sa tête contre sa poitrine. Le parfum qui se dégageait d’elle flatta les narines d’Eric, qui sentit aussitôt son cœur battre plus fort.

Du coin de l’œil, Magalie observait le petit manège de son amie avec un grand sourire de satisfaction : cela faisait bien longtemps qu’elle ne l’avait pas vu aussi détendue et elle se félicitait de plus en plus d’avoir réussi à la convaincre d’effectuer ce voyage organisé avec elle.

Toutefois, elle se demandait si l’attirance visible qu’elle avait pour cet homme était purement sexuelle ou s’il y avait autre chose de plus profond, ce que l’on appelle communément le coup de foudre, auquel cas elle espérait qu’elle n’irait pas trop vite dans les étapes, de peur qu’elle ne se brûle les ailes. Mais après l’année noire qu’elle venait de connaître, ses longs mois de dépression à la suite de son divorce, elle ne se voyait pas lui faire une leçon de prudence, alors qu’elle semblait, enfin, se rouvrir à la vie. La convaincre de venir en Espagne avait été si ardu…

« D’accord, lui avait-elle finalement dit après de très longues semaines d’insistance, je vais faire ce voyage avec toi et on va s’éclater comme deux folles totalement dévergondées !
« Qu’entends-tu pas dévergondées ?
« Je parle de sexe ! On va se trouver des mecs bien bâtis et s’adonner aux multiples plaisirs de la chair !
« Ma chérie, avait-elle répondu sans vraiment être convaincue par la sincérité de Virginie, j’en piaffe d’impatience ! »

Mais Virginie n’était pas revenue sur sa décision, si ce n’est sur sa volonté de trouver des hommes bien bâtis. Depuis qu’elles étaient arrivées en Espagne, huit jours auparavant, seule elle-même s’était ouvertement lâchée sur le sexe, notamment au cours d’une nuit mémorable dans les bras d’un bel hidalgo à Madrid… Et voilà que, à présent, elle retrouvait presque l’amie qu’elle avait connue il y a bien longtemps, intrépide, charmeuse, fonceuse dès qu’elle trouvait quelque chose l’intéressant. Tant qu’elle n’en tombe pas amoureuse, pensa-t-elle, tout va bien. Ce qui la surprenait le plus était qu’Eric n’avait rien de l’homme bien bâti dont Virginie, en d’autre temps, avait toujours raffolé.

Néanmoins, quelque part elle la comprenait : il se dégageait un charme profond de cet inconnu, sans doute en partie dû par son port droit, fier sans être prétentieux, mais aussi en raison de sa voix grave, chaude, où perçait une pointe d’accent chantonnant ; si Virginie n’était pas partie en chasse la première, elle se serait certainement laissée tenter elle-même, même si elle avait bien remarqué que, dès le départ, il avait été nettement plus sensible aux charmes de son amie qu’aux siens.

-          Tout va bien Mag ?
-          Oui. Je m’efforce de traduire ce que dit la guide.
-          Elle parle de l’une des particularités sur la forme de cette forteresse, expliqua aussitôt Eric. Le château-fort a été bâti en forme de navire, dont la proue, se situant sur l’aile opposée où nous nous trouvons, surplombe une partie de Peñafiel.
-          Et il y a une raison à cela ? demanda Virginie.
-          D’après ce que j’ai cru comprendre, il a été construit en épousant les contours du plateau pour le faire le plus grand possible, d’où cet aspect de navire.

La pluie doubla brusquement d’intensité et la guide estima le moment venu de poursuivre la visite à l’abri des murs épais, une décision qui fut allégrement saluée par tout le monde.

La guide mena son groupe dans la salle principale de l’une des trente-deux tours, en expliquant que cet endroit avait servi, autrefois, de pièce à vivre pour la noblesse occupant les lieux. Bien que de taille peu imposante, la salle avait accueilli une cuisine et une salle à manger. Deux hautes et larges fenêtres permirent à tout le monde d’admirer la vue sur Peñafiel, quelques centaines de mètres plus bas, et de se rendre parfaitement compte de la forme en proue de navire de ce côté du château.

-          Ahora, subimos ! signifia la guide en passant une petite porte pour s’engager dans un escalier en colimaçon.

Le couloir qui menait au sommet de la tour était très étroit, obligeant les personnes à monter en file indienne. Sans que cela fût fait exprès, Eric se retrouva derrière Virginie, ayant ainsi une vision qu’il ne se serait jamais attendu à trouver au cours d’une visite de forteresse médiévale.

Les marches étant vraiment très hautes, Virginie devait lever haut les genoux pour accéder à chacune d’elles, ce qui avait pour effet de découvrir un peu plus ses cuisses, suffisamment pour qu’Eric se rende compte qu’elle portait des bas et non des collants. S’il fut gêné dans un premier temps, il se retrouva rapidement à ne plus pouvoir détacher son regard des deux belles jambes qui dansaient devant lui. Son imaginaire finit par s’emballer et son esprit alla s’égarer entre les cuisses de la jeune femme, allant jusqu’à lui donner l’impression qu’il les touchait du bout des doigts. Dans son rêve éveillé, il parvint même à ressentir le contact des bas, la partie plus épaisse de la jarretelle autocollante, puis le touché, doux et chaud, de la peau nue. Sa verge s’éveilla à ses images et il secoua vivement la tête pour tenter de les chasser au plus vite.

De son côté, sans même se retourner, Virginie devinait le regard d’Eric posé sur elle. Dès les premières marches, elle avait compris que sa tenue n’était pas adéquate à une telle ascension, comme le lui avait suggéré, le matin même, Magalie. En un autre moment, sans doute aurait-elle regretté de ne pas avoir écouté les conseils de son amie, mais, pour l’heure, sachant qui se trouvait derrière elle, elle s’en félicitait intérieurement.

Elle exagéra ses flexions de jambes et ressentit les yeux se glissant entre ses cuisses, lui provoquant une petite chair de poule, comme s’ils avaient le pouvoir de vraiment la caresser. De petits picotements apparurent au creux de son ventre et elle sentit que son tanga commençait à s’humidifier. Pour la première fois depuis plus d’un an, elle se sentait merveilleusement bien, désirable et désireuse ; son corps de femme renaissait à la vie, vibrait à nouveau pour un homme, même s’il lui semblait totalement fou que cela soit pour un parfait inconnu. Merci Mag, pensa-t-elle alors qu’ils arrivaient au sommet de la tour.

-          Sacré ascension ! fit-elle remarquer à Eric.

Leurs regards se croisèrent un court instant, un échange fugace mais au cours duquel elle put lire le trouble qu’elle avait jeté sur lui.

-          Pas trop essoufflé ? lui demanda-t-elle dans un grand sourire.
-          Je pense que j’aurais pu encore monter ainsi durant un long moment.
-          Vraiment ?

Une nouvelle fois, la guide stoppa net leur conversation en se lançant dans de nouvelles explications sur le site.

En tout et pour tout, la visite dura à peine 45 minutes, un temps très court comparer à la superficie de la forteresse. Mais une grande partie de celle-ci avait été aménagé pour accueillir le musée du vin, réduisant, de ce fait, les parties visitables. La pluie avait cessé de tomber et le ciel semblait vouloir, à nouveau, se débarrasser de ses nuages menaçants.

-          Avez-vous faim ? demanda Eric alors qu’ils arrivaient à sa voiture.
-          J’avoue que j’ai l’estomac dans les talons ! s’exclamèrent Virginie et Magalie à l’unisson.
-          Bien, alors, allons nous trouver un petit restaurant. Je suis certain qu’il y a de bonnes choses à manger à Peñafiel !
-          Nous sommes prêtes à vous suivre jusqu’au bout du monde ! lâcha Virginie en piquant aussitôt un fard.
-          Je ne vous cache pas que cela serait un réel plaisir pour moi, mais je vais tâcher, pour le moment, de ne pas vous conduire aussi loin !


Eric retourna se garer sur le même parking que lors de son arrivée et constata que l’autocar des deux jeunes femmes s’y trouvait aussi, déserté de tous ses passagers, à l’exception du chauffeur qui  piquait une belle sieste sur son fauteuil légèrement renversé.

Tandis qu’ils traversaient les ruelles qui commençaient à s’animer pour l’heure du déjeuner, Virginie se trouva à nouveau assailli par le désir de questionner Eric sur son métier, sur le type de roman qu’il écrivait ; était-il célèbre ? Mais après ses moments d’audaces au château, elle se sentait à présent très intimidé, sans vraiment pouvoir dire pourquoi. Elle se contenta donc d’admirer la beauté des lieux en silence, laissant Magalie faire la conversation.

Ils arrivèrent devant un bar à la devanture plutôt modeste, dont un petit plateau d’ardoise indiquait que l’on pouvait y déguster un cocido fait maison à un prix très intéressant.
-          Avez-vous déjà mangé du cocido ? demanda Eric.
-          Je ne crois pas, répondit Magalie en interrogeant son amie du regard.
-          Il s’agit d’un plat typique de la région de Madrid, leur expliqua-t-il, à base de viandes et de légumes, une sorte de pot-au-feu.
-          On vous fait entièrement confiance ! lui dit Virginie.

Le bar était nettement plus grand que ce qu’il laissait supposer vu de l’extérieur. Un long comptoir occupait toute la longueur d’une première salle, puis bifurquait en arrondie vers une arrière salle aménagée de tables et de chaises en bois. Sur les murs, étaient affichés des posters de taureaux et de matadors, ainsi que quelques photos prisent lors de festivités sur la Plaza del Coso.

Eric invita les deux jeunes femmes à s’installer à une table et alla passer commande auprès du patron. Puis il les rejoignit en s’asseyant à la gauche de Virginie.

-          Endroit charmant, fit Magalie,  et assez intimiste !

L’arrière salle, seulement éclairée par de petites ampoules diffusant une lumière jaunâtre tamisée, était plongée dans une semi pénombre. Ils étaient seuls, les quelques autres clients, certainement des gens de Peñafiel, s’étant regroupé à un bout du comptoir, tout près de l’entrée du bar.

-          En effet, répondit Eric en souriant. Mais, de cette manière, je peux encore plus profiter de votre compagnie, mesdames.
-          Voilà qui est joliment tourné ! Vous me semblez fort bien manier la langue française, fit Virginie trouvant un prétexte pour poser, enfin, la question qui lui brûlait tant les lèvres. Quel genre de romans écrivez-vous donc ?
-          J’ai peur que vous ne vous sauviez en courant si je le vous le dis !
-          Aucun risque  pour ma part : j’ai beaucoup trop faim pour partir d’ici sans n’avoir rien manger !
-          Erotique !

Ce simple mot eut un effet électrisant dans tout le corps de Virginie ; elle sentit une onde de chaleur se propager en elle, de la pointe des pieds jusqu’à la racine de ses cheveux.

-          Voilà qui est captivant ! s’exclama-t-elle en se tournant de tout son corps vers Eric. Etes-vous célèbre ?
-          Je n’irai pas jusqu’à dire une telle chose, mais je vends suffisamment de livres pour en vivre.

Virginie croisa et décroisa ses jambes en exagérant le mouvement, un peu comme elle avait vu faire Sharon Stone dans Basic Instinct. Elle savait que, ainsi tournée vers lui, son vis-à-vis ne pouvait qu’apprécier la vue à sa juste valeur ; elle sourit intérieurement en voyant le regard qui se posa sur ses jambes, même si ce fut furtif.

Le mouvement de la jeune femme rappela à Eric ce qu’il avait pu apercevoir en montant les escaliers en colimaçon de la forteresse et son désir se réveilla avec une force décuplée. Il s’enfonça un peu plus sous la table, craignant que Virginie voie la bosse qui, à présent, devait fortement déformer le haut de son pantalon.

-          Nous aimons beaucoup les œuvres érotiques, fit Magalie qui n’avait pas perdu une miette de la petite scène.  Peut-être vous a-t-on déjà lu ?
-          J’en doute : je ne suis pas publié en Suisse.
-          Je vois que notre accent nous a trahies ! Mais, à l’heure de l’INTERNET, il n’est plus vraiment nécessaire d’être publié dans un pays pour y être lu.
-          C’est vrai, acquiesça Eric en se mettant à rire.

Ce fut à ce moment que le patron du bar arriva avec un plateau chargé de trois assiettes copieusement servies, de couverts, de verres et d’une bouteille d’eau.

-          Je me rends compte que je ne vous ai pas demandé ce que vous souhaitiez boire, s’excusa Eric. Si vous souhaitez autre chose que de l’eau…
-          Non, c’est parfait ainsi, répondit Virginie.

Le patron déchargea son plateau sur la table et s’éclipsa rapidement, après avoir souhaité un bon appétit à la compagnie. Virginie revint alors à la charge sur les romans d’Eric et ce dernier cita les quatre titres qui étaient sortis en librairie française ; comme il s’y attendait, les deux femmes n’en avaient lu aucun.

-          Il n’y a rien de grave à cela, dit-il à Virginie qui lui sembla être brusquement mal à l’aise.
-          Certes, mais je pallierai à cette lacune dès que nous serons de retour en Suisse !

Le repas démarra avec de nombreuses questions à l’adresse d’Eric,  tournant beaucoup autour du monde de l’érotisme, puis ce fut à ce-dernier d’en apprendre un peu plus sur les deux suissesses. Il découvrit qu’elles se connaissaient depuis le collège et étaient toutes deux infirmières dans un hôpital de Genève. Il  apprit aussi que cela faisait bien longtemps que Virginie ne s’était plus octroyée de véritables vacances.

Doté d’une certaine sensibilité depuis sa tendre enfance, Eric sentit que la jeune femme était passée par des moments très difficiles, une période sombre qui n’était pas encore totalement derrière elle. Il avait envie d’en découvrir un peu plus, mais s’avisa de ne poser aucune question à ce sujet ; seul le temps définirai ce qu’il pourrait ou non savoir sur la vie privée de Virginie.

La conversation finit par repartir sur des choses plus légères et frivoles et le repas s’acheva dans de nombreux éclats de rire qui firent rayonner les deux femmes et briller les yeux de Virginie. Alors qu’ils étaient en train de boire un café, Magalie eut l’idée de prendre des photos souvenirs avec son Smartphone. Elle rivalisa d’ingéniosité pour arriver à sortir un cliché  d’eux trois réunis, puis elle décida de prendre quelques photos d’Eric et Virginie.

-          Vous ne voulez pas vous rapprochez un peu ? demanda-t-elle subitement.

Ne se le faisant pas répéter deux fois, Virginie se leva de sa chaise pour s’assoir sur les genoux d’Eric. D’abord surpris, celui-ci finit par lui passer un bras autour de la taille, tandis qu’il posait son autre main sur une cuisse, juste au-dessus d’un genou. Le contact avec le nylon le fit frissonner.

-          Vous êtes parfait ! s’exclama Magalie.

Devinant que Virginie se régalait de cet instant, elle prit tout son temps pour cadrer la photo et prendre plusieurs clichés.

Le souffle de plus en plus court en raison de l’émotion qui l’étreignait, Virginie se sentit à nouveau assailli par de nombreux picotements dans le ventre. La main virile, dont elle ressentait parfaitement la chaleur au travers de son bas, avait de longs doigts fins et elle se les imagina progresser lentement vers le haut de sa cuisse, s’infiltrer au creux de son intimité, la caresser tout doucement. Sa gorge se nouait et, plus que jamais, elle avait envie qu’Eric s’enhardisse, que ce qu’elle était en train de s’imaginer devienne réalité.

-          Vous avez des mains magnifiques, murmura-t-elle en le fixant dans les yeux.

A présent, Eric avait vraiment très chaud ; sa verge était tendue à l’extrême et il dut faire un immense effort pour ne pas laisser échapper un soupir lorsque, se déplaçant un peu, Virginie colla une fesse sur son sexe. Ils échangèrent un long regard ; elle venait de se rendre compte de l’effet qu’elle lui faisait.

-          Je suis flattée, dit-elle simplement dans un murmure.

Ce fut comme un signal déclencheur dans la tête d’Eric, un désinhibiteur qui lui fit oublier où il se trouvait. Doucement, sa main remonta le long de la cuisse, disparut sous la jupe, passa la jarretelle autocollante et, enfin, il promena ses doigts sur la chair nue.

Virginie ferma les yeux pour mieux savourer cette caresse inattendue et pourtant tant attendue et écarta un peu plus les jambes pour faciliter le chemin des longs doigts fins. Son cœur battait très fort et une foule d’images érotiques se bousculèrent dans son esprit. Elle s’étonnait d’avoir envie de se livrer ainsi, à un inconnu, dans un lieu inconnu et public, mais son corps de femme semblait avoir pris tout pouvoir sur sa raison.

La présence de Magalie ne la perturbait pas réellement : avant qu’elle ne rencontre l’homme qui allait devenir son mari, puis son ex-mari, toutes deux avaient fait des choses bien plus folles. En revanche, elle découvrait le surplus d’excitation apporté par la présence des autres clients du bar, qui pouvaient surprendre, à tout moment, le jeu sexuel qui se déroulait presque sous leurs yeux.

Elle ouvrit brusquement les paupières lorsque les doigts se promenèrent sur l’ultime rempart qui protégeait son intimité ; sa gorge se noua encore plus sous la poussée d’adrénaline. Elle jeta un regard rapide au comptoir : patron et clients étaient toujours au bout du comptoir, lancés dans une discussion passionnée. Quant à elle, elle était de plus en plus passionnée par le membre viril qu’elle sentait contre sa fesse. Elle avait envie de le toucher, de le sortir de son écrin, de le sentir en elle, de le faire vibrer entre ses cuisses.

Elle se pencha à l’oreille d’Eric et, les joues en feu, lui chuchota :

-          Juste derrière vous, il y a les toilettes.

Sur ce, elle se leva en répondant au clin d’œil complice de son amie et se dirigea dans le petit couloir qui menait aux toilettes. Ses jambes étaient légèrement flageolante et elle fut heureuse que la lumière soit aussi faible : ainsi, personne n’allait peut-être remarquer ses joues empourprées.

Eric resta un instant interdit, se demandant s’il avait bien compris ce que lui avait dit Virginie ou, pour être plus exact, s’il l’interprétait bien. Il croisa le regard de Magalie qui acheva de le rassurer.

-          Je garde vos affaires, lui dit-elle en lui décochant un clin d’œil.

Plantée devant l’entrée des toilettes des femmes, Virginie tentait de remettre un peu d’ordre dans son esprit qui était autant en feu que son corps. Elle respirait rapidement, comme s’il avait couru un cent mètres, la bouche entrouverte, tremblante sous la puissance du désir qui l’habitait. Même si elle trouvait la situation complètement folle, elle espérait qu’Eric allait la rejoindre : elle voulait le posséder et se sentir posséder par lui. Elle imagina la verge s’enfoncer en elle, aller et venir entre ses reins ; cela faisait si longtemps qu’elle n’avait pas fait l’amour, que son corps ne répondait plus à aucune rationalité, pas plus que son esprit.

Devant elle, se dressait un distributeur de préservatifs. Elle plongea une main nerveuse dans son petit sac à main, en tira un porte-monnaie et mis une pièce d’un euro dans la machine. Un sachet en tomba aussitôt qu’elle prit rapidement, alors qu’Eric arrivait enfin. Ils se regardèrent en silence, aussi ému l’un que l’autre, plongés dans les mêmes émotions, le même désir de l’autre. Il s’approcha d’elle et posa une main sur sa joue. Elle ferma les yeux et pencha la tête de côté.

-          Viens ! lui souffla-t-il à l’oreille.

La prenant par la main, il l’entraîna dans les toilettes des femmes et ils s’enfermèrent dans la première cabine. Son choix n’était pas dû au hasard, mais bien réfléchi : à part Magalie et Virginie, il n’y avait que des hommes dans le bar, donc peu de risques qu’ils se trouvent dérangés dans les toilettes des femmes.

-          Tu sais, je ne voudrais pas que tu penses que je suis une fille facile. Je n’ai jamais fait ça auparavant… Je ne sais pas ce qui m’arrive !
-          Moi non plus, répondit Eric en la fixant dans les yeux comme s’il pouvait y lire le fond de sa pensée. Je ne pensais même pas que ce genre de situation puisse se produire autrement que dans un roman !... Si tu doutes, il est encore temps de faire marche arrière.

Pour toute réponse, Virginie se jeta à son cou et s’empara aussitôt de ses lèvres. Sa langue, vivace, s’immisça entre-elles pour trouver rapidement celle d’Eric et  une joute passionnée s’engagea entre eux.

Eric fondit sous l’assaut de la jeune femme. Il aurait voulu pouvoir se jeter sur son cou, qu’il devinait exquis, pour le couvrir de baisers, mais le col roulé lui en interdisait l’accès. Alors, il s’arracha à l’étreinte de Virginie et s’agenouilla devant elle. Il posa ses mains sur chacune des bottes et les fit remonter lentement, frissonnant lorsqu’elles glissèrent sur les bas pour disparaître sous la jupe.

Une nouvelle fois, Virginie ferma les yeux et rejeta la tête en arrière. Elle trouvait la caresse subtile, électrique, et elle sentit son tanga s’humidifier encore plus. Elle poussa un petit cri lorsqu’il le lui descendit brusquement jusqu’aux genoux et crut devenir folle lorsqu’elle le vit y approcher son visage pour en humer les senteurs de son excitation.

-          J’aime ta fragrance, belle Virginie, dit-il en plongeant doucement la tête sous la jupe en jean.

Elle écarta les jambes et soupira d’extase lorsque les lèvres se posèrent en maints endroits à l’intérieur de ses cuisses, pour y déposer de petits baisers à peine perceptible. Elle serra les points de plaisir quand la pointe de la langue vint courir sur son pubis vierge de tous poils et laissa échapper un premier gémissement lorsque cette même langue  glissa, dans une lenteur diabolique, vers ses grandes lèvres, vers son clitoris qu’elle sentait dur de désir.

Eric se saisit du fessier, magnifiquement rebondit, à pleines mains pour plaquer encore mieux la vulve à sa bouche. Avec sa langue, il perça les grandes lèvres et trouva rapidement le bouton enflé avec lequel il se mit à jouer. Dans son caleçon, il sentait se répandre son liquide séminal, signe que sa propre excitation était à son paroxysme. Il brûlait d’envie de plonger sa verge dans la douceur de cette intimité féminine, mais il ne voulait pas passer outre les préliminaires qu’il appréciait tant, même si l’inconfort des lieux lui imposait quelque chose de court.

Virginie se mit à lui caresser la nuque, puis ses doigts se refermèrent dans ses cheveux quand il s’attaqua délicieusement à son clitoris, la faisant se tendre brusquement comme la corde d’un arc.

-          Dieu que c’est bon ! lâcha-t-elle sans retenue.

Une liqueur, au goût légèrement épicé, coulait doucement dans le palais d’Eric. Voulant en boire encore plus, il s’attaqua plus vigoureusement au clitoris, l’aspirant entre ses lèvres et faisant tournoyer sa langue autour de lui. Le résultat ne se fit pas attendre bien longtemps : la cyprine coula rapidement en abondance.

Le souffle saccadé de Virginie se transforma peu à peu en profonds gémissements plus ou moins contenus. De longues vagues chaudes se soulevaient du creux de ses reins, transportant tout son être dans les méandres du plaisir. Les yeux toujours clos, elle visualisait parfaitement la bouche de son amant plaquée à son intimité, les mouvements de ses lèvres dans la succion de son clitoris au bord de l’explosion et la folle farandole de la langue autour de ce dernier, une danse qu’elle accompagnait à présent dans un mouvement voluptueux des hanches.

Elle perçut le moment où son corps allait s’emballer, s’abandonner à l’orgasme. Elle serra les dents pour tenter d’étouffer au mieux les cris qu’elle sentait monter de sa poitrine et ses ongles se plantèrent dans le cuir chevelu d’Eric lorsque l’intérieur de son ventre explosa, telle une éruption volcanique, provoquant un séisme qui la fit trembler de toute part.

Sa bouche toujours collée à la vulve telle une ventouse, Eric se délecta de toute la liqueur que voulait bien lui offrir la jeune femme succombant à l’orgasme, la buvant à grandes gorgées jusqu’à ce que, ne pouvant plus se tenir sur ses jambes en raison de spasmes trop violent, elle se laissa tomber à genoux. Ses grands yeux noirs étaient plus brillants que jamais, comme s’ils étaient habités par des feux follets. Elle posa ses mains sur les joues de son amant et s’empara à nouveau de ses lèvres. Le goût de sa cyprine donna une saveur nouvelle à la fougue de son baiser.

-          Lève-toi ! dit-elle brusquement.

Il s’exécuta et se retrouva debout devant elle toujours à genoux. Elle descendit la braguette de son pantalon et plongea aussitôt une main à l’intérieur, qu’elle glissa rapidement sous le caleçon pour se saisir du membre tant convoité. La verge était dure dans sa main et son pouce glissa sur le gland humide, effleura l’urètre, ce qui arracha un râle à Eric. N’y tenant plus, elle sortit le membre hors du pantalon, faisant suivre le même traitement aux testicules gonflés par le désir, et se recula un peu pour mieux profiter du spectacle qui lui était offert.

Fièrement dressé pour elle, le membre viril semblait la supplier de s’occuper de lui et elle ne résista pas longtemps à cet appel ; ce fut au tour d’Eric de fermer les yeux et de respirer bruyamment.

La bouche coulissa lentement le long de la hampe, l’emprisonnant dans une humidité sublime. Dès que Virginie entama de subtils mouvements de fellation, libérant par moment totalement la verge pour exciter l’urètre de la pointe de sa langue, ou bien pour redessiner les contours du prépuce du bout d’un doigt, Eric se sentit gagné par d’intenses frissons et commença à laisser échapper de petits gémissements. Lorsqu’elle se rendit compte que la grosse veine se mettait à battre un peu trop vite, elle arrêta sa fellation, récupéra le sachet qui était tombé au sol, le déchira et en sortit le préservatif qu’elle déroula aussitôt sur la hampe devenue très sensible.

-          Prends-moi ! dit-elle en se relevant.

Eric la fit se retourner, retroussa sa jupe sur ses hanches et pénétra lentement l’intimité ainsi offerte. S’appuyant des deux mains à la porte de la cabine, Virginie savoura pleinement chaque seconde de la pénétration, sentant du courant électrique lui traverser ses entrailles, tandis que sa paroi vaginale s’écartait doucement face à la progression de la verge. Enfin, elle sentit les testicules venir battre contre ses fesses et elle eut presque les larmes aux yeux, tant son plaisir d’être possédée était intense.

Eric commença par glisser lentement entre les reins de sa maîtresse, se retirant presqu’entièrement pour mieux la reprendre. Petites et grandes lèvres lui procuraient une succion diabolique, faisant monter des vagues de chaleur dans tout son être. Virginie se mit à bouger les hanches, les faisant onduler quelques secondes, avant de donner de grand coup pour aller plus vite à la rencontre du membre viril. Alors, Eric agrippa fermement ses hanches et accéléra brutalement ses coups de boutoirs, les faisant aussi plus forts.

-          Continue comme ça ! lâcha-t-elle entre deux gémissements.

Eric se mit à pousser plusieurs râles ; il sentait la sève se lever dans ses testicules. Virginie poussa un cri plus puissant que les précédents et fit des mouvements désordonnées de la tête. La verge allait et venait en elle à une vitesse folle ; les testicules la frappait délicieusement ; une nouvelle explosion partie du creux des reins, plus violente que la première et, des larmes de bonheur aux yeux, elle laissa l’orgasme libérateur s’emparer d’elle. Au même moment, Eric explosa à son tour en poussant un long râle de plaisir.

Virginie fut la première à revenir dans l’arrière salle, sous les yeux inquisiteurs de son amie. Elle jeta un regard au comptoir : les clients et le patron étaient toujours dans une conversation très animée et ne semblait pas s’être rendus compte du temps, certainement très long, qu’elle avait passé dans les toilettes avec Eric.

-          Alors ? demanda Magalie.
-          Alors quoi ?
-          C’était comment !?
-          C’était une folie !
-          Ce n’était pas bien ?
-          Oh que si ! Mais nous aurions pu nous faire surprendre, te rends-tu compte ?... Mais je n’ai qu’une envie : recommencer le plus tôt possible !
-          Avec lui ?
-          Oui !
-          Ce soir, à l’hôtel, tu me racontes tout ! ordonna-t-elle dans un murmure en voyant apparaître Eric.